L'insurrection, derrière le coin

Le sommeil des nations fait naître des monstres.

Archive for the ‘Politique’ Category

Mélenchon peut balayer Moscovici

with one comment

Il y a quelques jours, Jean-Luc Mélenchon rappelait dans une interview sur France Info la nécessité d’un coup de balai. Il n’a pas fallu plus que cela pour que le Parti Solférinien lui tombe dessus, l’accablant de l’habituel « populiiiiiiiiiiste!!!! » et lui attribuant l’horrible accusation d’employer un langage des années 30.

Or, si langage des années 30 il y a, ce n’est pas celui du fascisme auquel fait référence en filigrane l’accusation du PS. C’est même tout le contraire, il s’agit du langage de la… SFIO, comme le laisse voir cette affiche de 1932: sfio-affiche-coup-de-balai-1932

Dimanche, Pierre Moscovici passe lui aussi à l’attaque (quand la meute est lâchée, autant mordre jusqu’au bout): « La réponse n’est pas le coup de balai » assène-t-il à l’intention de Mélenchon.

Passons sur le fait qu’en 2011, Ségolène Royal a utilisé la même expression: «Un bon coup de balai, et hop !». Restons concentrés sur Moscovici. Que disait-il en 2011, également?

« Il faut vraiment un coup de balai »

Pour nous convaincre, voici un extrait de son interview dans l’émission « Mardi politique » sur RFI, en pleine campagne pour les primaires PS:


Alors, M. Moscovici? Populiste? Langage des années 30? Mémoire courte? Malhonnêteté?

Ce changement de position serait-il du au fait que maintenant M. Moscovici se sent concerné par le coup de balai? Et les ordures, tout comme les salopards, ont l’indignation variable, très variable…

Monsieur Moscovici, au revoir et… du balai !

Written by L'insurgé

16/04/2013 at 17:41

Publié dans Politique

Une feuille de coca pour José Bové

leave a comment »

Houuuuuuuuu… Il n’est pas content, José Bové. Il le crie sur tous les toits (du web et des radios): Mélenchon est un méchant hypocrite dangereux et il n’est pas question de ne pas le faire savoir à tous, parce que la crise politique et morale, ma petite dame, c’est lui le responsable!

Je ne vais pas rentrer dans le jeu de cour de recrée en agitant des chiffres bidon sur la présence des uns et des autres au Parlement Européen. Surtout que la présence à elle seule n’explique absolument rien. On peut être présent à 100% du temps et roupiller d’un sommeil profond. Tout comme on peut écrire 300 pages et ne rien dire; écrire un poème et dire le monde depuis sa naissance. Mélenchon s’en est très bien expliqué sur son blog, obligé d’abandonner un instant la lutte politique pour répondre aux gamineries de Bové.

Que reproche Bové à Mélenchon encore, pour appuyer ses accusations-dirigées-depuis-EELV-pour-aider-le-PS-et-taper-sur-les-doigts-d’Eva-Joly? De ne pas avoir été présent le 13 mars 2013 lors du vote sur le budget européen. Pire encore: Mélenchon tricherait, il signerait sa feuille de présence alors qu’il n’est pas là, pour toucher son indemnité journalière. Ah, le salaud! Mélenchon est donc comme les autres! Pire, il a même pris le train 2 heures pour revenir à Strasbourg avant 19h! Juste pour signer et… ! Mais quel tricheur! Rendez-vous compte des mesquineries dont il est capable: bien qu’absent tout le temps (selon le même Bové), il lui prend de temps en temps de venir avant 19h pour signer, spécialement pour toucher son indemnité journalière. La contradiction aura échappé à la moustache de notre ami.

220px-EvomoralesQu’il est loin le temps où Bové était révolté! Où il était un paysan militant. Qui luttait de toutes ses forces. Qui rencontrait Evo Morales, un autre paysan en lutte, comme en 2002. Ne comptez pas sur lui pour redemander souvent des nouvelles de son ami. Vous ne l’entendrez pas demander où était Evo Morales le 13 mars. Non! Ni où était Mélenchon ce même jour, alors qu’il devait être dans l’hémicycle pour voter.

Mais justement, où était Mélenchon le 13 dans la matinée? Quelle mouche l’a piqué d’être à Strasbourg le 12 mars, de reprendre le train vers Paris le matin du 13 mars et revenir dans l’après midi (et non le soir, comme dit Bové) et de rester le 14 mars ? Mélenchon aime tant le voyage en train? N’aime pas assumer ses responsabilités dans l’hémicycle? Le révolté de Larzac ne se pose pas de telles questions, elles n’entrent pas dans la stratégie d’attaque d’EELV.

Allez, camarade, on ne peut rien te cacher. Mélenchon était rentré à Paris parce que le matin du 13 mars il devait rencontrer Evo Morales, de passage dans la capitale. Je sais, il aurait du être avec toi, au Parlement Européen, signer la feuille de présence avec toi, voter avec toi. Je sais, c’est mal. Mais voilà, Evo Morales était là. Mélenchon avait même annoncé la rencontre quelques jours auparavant, mais tu ne l’as pas lu, pas entendu. Voici une photo de leur rencontre, je te la mets bien au milieu, pour être certain que tu ne la loupes pas une fois de plus:

avec_morales_format-web

Il est où José? – Regarde, il est là… à la télé… il vote… Là, la moustache qui dépasse… Oui, c’est lui! Il a changé? Ca, je veux bien le croire!

Oui, camarade, j’aurais aimé que tu sois là aussi. Comme tu l’étais en 2002, avec ce même Evo Morales. Maintenant tu es à Bruxelles, à écrire avec Quatremer, l’eurobéat heureux. Ou à refaire l’Europe avec Daniel Cohn-Bendit, grand révolté parmi les révoltés.

Qu’il est loin le temps où Bové n’était pas un supplétif du PS…

Written by L'insurgé

11/04/2013 at 15:33

L’ANI, les solfériniens et Mélenchon

with one comment

LhumainParlementEn 2013, le capitalisme financier fait rage sur la planète. De nombreux politiciens font semblant de le découvrir depuis peu avec l’éclatement de la « crise » financière, mais continuent à le renforcer. Pourtant, depuis le tout début de ce changement mondial, d’autres le dénonçaient déjà, comme c’était le cas de Jean-Luc Mélenchon en 1993. Je vous livre ici un extrait de l’une de ses explications de vote du 3 novembre 1993, où il dénonce une « forme nouvelle de capitalisme financier transnational, qui se joue des frontières, qu’il utilise au profit de ses objectifs d’accumulation »:

« M. Lederman met le doigt sur un problème dont ce que nous appelons la délocalisation n’est, en définitive, qu’une sorte de pic. En vérité, l’ensemble du système économique dans lequel nous évoluons s’est profondément modifié. A sa pointe extrême, nous avons une forme nouvelle de capitalisme financier transnational, qui se joue des frontières, qu’il utilise au profit de ses objectifs d’accumulation. De manière consubstantielle, se construit un capitalisme marchand transnational, avec des formes d’organisation et de répartition du travail qui sont, à proprement parler, totalement inédites, et en face duquel la communauté nationale est incapable de produire un droit ou un modèle de régulation, au point que plus d’un analyste a pu parler de l’émergence d’un droit privé transnational se jouant des règles édictées par la communauté internationale, au sens littéral du terme, à savoir « inter-nations ».

Une espèce de deuxième monde économique se met donc en place, qui échappe à toute règle et ne respecte d’autres normes que celles de ses arbitrages internes. La délocalisation ne constitue qu’une facette de ce phénomène plus large. Dans ces conditions, M. Lederman a parfaitement raison d’affirmer que le moment est venu pour les collectivités nationales, pour nous législateurs, de faire en sorte que la volonté collective et la régulation démocratique interviennent là où ne joue que la libre volonté des acteurs en présence. C’est pourquoi nous serions a priori plutôt enclins à voter cet amendement, monsieur Lederman. Et les objections qui ont été présentées nous y incitent presque davantage. On ne peut accepter l’argument selon lequel quelques emplois pourraient être sauvés si telle ou telle entreprise pouvait délocaliser une partie de ses activités. En effet, cela signifierait, en définitive, que nous acceptons que, dans la gestion de la production, entre de l’emploi sous-payé et sous-qualifié. Cela, bien sûr, nous ne pouvons l’accepter. »

Vingt ans plus tard, ce capitalisme financier transnational a pris une ampleur destructrice. Le Front de Gauche continue à vouloir le combattre avec une obstination inébranlable. Ne nous trompons pas de gauche. Elle n’est certainement pas dans le coeur de ceux qui votent actuellement l’ANI à l’Assemblée Nationale, ni dans celui de ceux qui l’appellent de toutes leurs forces, depuis le gouvernement et l’Elysée.

Cet accord honteux – travaillé sur un texte du MEDEF, dans les locaux du MEDEF et signé par une minorité de syndicats – détruit le droit des travailleurs avec une violence inouïe, jamais atteinte auparavant. Ce qui est dégagé s’inscrit dans la logique mortifère du capitalisme financier transnational.

Il ne faut pas se laisser distraire par la diversion que pratique actuellement le PS avec ses attaques contre Mélenchon. Braquons les projecteurs sur sa politique concrète, ne perdons pas un seul vote de vue! Les élus PCF (FdG) ont introduit 4500 amendements pour contrer le MEDEF et défendre le droit des travailleurs.

On lâche rien!

Written by L'insurgé

07/04/2013 at 12:21

Publié dans Politique

Tagged with , , , , ,

Le Pen est une fasciste anti-républicaine

with 4 comments

Une seule nationalité, pas deux!

LePen, REUTERS/Jacky Naegelen

Je viens d’apprendre à l’instant même que Le Pen fille (l’héritière du FN) demande aux députés de supprimer la possibilité d’avoir la double nationalité:

Comment ne pas voir que réside dans cette double nationalité l’un des ferments principaux d’atteinte à cette cohésion républicaine dont la France a plus que jamais besoin et un puissant frein à l’assimilation des Français issus de l’immigration ?

Dans l’intérêt de la France et des autres nations, dans l’intérêt en particulier de nos relations avec l’Algérie, premier pays concerné, il est ainsi nécessaire d’engager une démarche authentiquement républicaine en mettant fin à la double nationalité, et de demander à chacun de nos compatriotes placés dans cette situation, de choisir son allégeance : la France, ou un autre pays.

Donc, d’après elle, il faut faire un choix et c’est une question d’allégeance. D’après moi, la pensée de Mme Le Pen L’héritière-du-Fn relève de l’idiotie pur et simple. Elle pense à ceux qui vivent en France et ont deux nationalités, mais oublie de penser à tous les français qui vivent à l’étranger et ont (au moins) deux nationalités.

Je vais lui donner un exemple simple et direct: mon fils – qui a 5 ans – est né et vit en Belgique. Il a trois nationalités: belge (de naissance), française (sa mère) et roumaine (son père). En suivant la logique de Le Pen, il doit renoncer aux deux autres pour pouvoir garder la française, ou renoncer à la française pour pouvoir garder les deux autres. Tout ça puisqu’une excitée raciste à décidé de traiter la question en termes d’allégeance!

Mais non, ma petite idiote frustrée, il n’a pas à choisir, ni à faire allégeance à un pays en particulier, puisque NOTRE fils, né de l’union entre une Française (bretonne) et un Roumain (olténien) sur le sol d’un pays tolérant et accueillant, fait allégeance aux trois pays et les aime en égale mesure. Il se sent belge (et adore les balletjes sauce tomate avec des frites!) et  se déclare également Roi de Bretagne (où on passe toutes nos vacances) et Roi de Roumanie (puisque mon papa y est né…). Pour lui, ces trois pays sont profondément dans son coeur et mieux que ça, la somme de ces trois pays lui permettra d’être un citoyen du monde, capable d’exprimer l’amour d’un pays sans passer par la haine et le rejet.

La modification que Le Pen veut s’adressera à tous les citoyens français. Elle ne pense que dans son sens de haine, par exclusion: tu as deux nationalités, donc l’une chasse l’autre. Nous autres, être humains normaux, pensons la question en termes d’addition, de somme. Certainement pas en termes de soustraction. C’est bien cette addition qui fait notre richesse. Une très grande richesse dont Le Pen est pauvre.

Alin Tranca

Written by L'insurgé

01/06/2011 at 15:52

Mélenchon ne se désistera pas pour le PS

with 7 comments

Mélenchon et Montebourg à Dole, AFP / Jeff Pachoud

Dans mon dernier article j’ai réagi de façon assez dure envers M. Montebourg, à propos de sa déclaration sur le désistement de Mélenchon s’il était désigné candidat du PS. Connaissant très bien Mélenchon et sachant que jamais il n’avait fait une déclaration pareille, ni formulé une quelconque intention, j’ai été choqué par la déclaration de Montebourg et sa façon de vouloir se poser en rassembleur de la gauche à tout prix, même en dépassant les bornes.

Hier, j’ai décidé de lui poser la question directement et savoir exactement quand Mélenchon lui a fait part d’une intention pareille. Voici sa réponse:

Je pense être allé un poil trop loin dans l’interprétation qu’il m’a lui-même au téléphone permis de faire de ses propos. J’avais compris qu’il était sensible à mes propositions et que, en déclarant qu’il pourrait s’entendre avec moi si j’étais le candidat socialiste, dès le premier tour, qu’il en tirerait quelques conséquences. Mais ce n’est pas à mes yeux le principal, je m’en suis expliqué avec lui au téléphone avec humour (et amitié).

C’est donc un démenti clair et net, Mélenchon n’a jamais tenu ce genre de propos. Non, Mélenchon ne va pas se désister au premier tour pour le candidat du PS, même si celui-ci était M. Montebourg.

Maintenant, ce que je trouve hallucinant, c’est la liberté que s’est accordée M. Montebourg de « croire que », « comprendre que ». Pour lui, c’est Mélenchon qui devrait en tirer des conséquences et se retirer? Sans blague? Et pourquoi il ne pourrait pas envisager lui de se désister? Ca ne peut aller que dans un sens?

Une autre question me vient à l’esprit. Si M. Montebourg n’est pas désigné candidat du PS (et une fois de plus, les vieux mammouths socio-démocrates auront eu raison de lui, comme ce fut le cas en son temps avec Mélenchon, Dolez et d’autres de l’aile gauche du PS), que va-t-il faire? Va-t-il rester au PS? Va-t-il avoir la force de quitter le PS pour défendre ses idées, en sachant que dans le cas contraire il sera amené à défendre les idées d’un socio-démocrate qui aura été désigné pour la présidentielle? A-t-il envisagé ne fut-ce qu’une seconde de se rallier au Parti de Gauche? S’il reste dans le PS, que fera-t-il de ses idées, maintenant, quand le pays brûle et que la situation globale et mondiale est tellement grave qu’il ne peut plus se situer dans une optique de carrière mais d’action?

Nous verrons cela dans très peu de temps. Et sincèrement, je ne lui souhaite rien d’autre que d’être désigné candidat du Parti Socialiste.

Alin Tranca

Written by L'insurgé

27/05/2011 at 15:31

Montebourg rassembleur, mais menteur?

with 7 comments

Arnaud Monteburg - source image Wikipedia

Depuis deux jour, M. Montebourg et quelques militants ont décidé de montrer qu’il est le candidat qui rassemble à gauche. Pour cela, tous les moyens sont bons, y compris le mensonge grossier.

Dans une une interview publiée dans Libération le 23 mai sous le titre « Hollande et Aubry nous ont fait perdre en 2002 », M. Montebourg dit:

Par ailleurs, je considère être le meilleur rassembleur de toutes les gauches. Jean-Luc Mélenchon a dit qu’il ne serait pas candidat si j’étais le candidat du PS, Jean-Pierre Chevènement a dit qu’il voterait pour moi s’il votait aux primaires. Nicolas Hulot a déclaré que j’étais le meilleur candidat écologiste et Christiane Taubira est dans mon comité de soutien.

Or, il se trouve que M. Mélenchon n’a jamais, au grand jamais affirmé qu’il n’allait pas être candidat si M. Montebourg était candidat du PS. Il a dit qu’il allait soutenir Montebourg pour qu’il soit le candidat du PS, qu’il allait pouvoir discuter avec le PS si Montebourg était désigné comme candidat à l’élection présidentielle, mais il n’a jamais affirmé son retrait de l’élection présidentielle si Montebourg était le candidat.

Je demande simplement et clairement: pourquoi M. Montebourg a besoin d’un mensonge pareil pour pouvoir poser en rassembleur de la gauche? Est-il tombé si bas? Je trouve la question d’une extrême gravité et ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère. Imaginez que demain Mélenchon déclare que Montebourg a dit qu’il allait se retirer de l’élection présidentielle s’il était désigné candidat du Front de Gauche. Quelles seraient les réactions?

Est-ce que M. Montebourg se rend compte de la gravité d’un tel mensonge? Des répercussions que ce mensonge peut avoir? Sincèrement, je suis profondément déçu que M. Montebourg puisse recourir à de tels procédés.

Non, M. Montebourg, Mélenchon n’a jamais dit une chose pareille et Mélenchon ne fera jamais une chose pareille. Tout simplement parce que, même si vous êtes le candidat avec lequel nous pourrons le mieux discuter et trouver des terrains d’entente dont la Gauche a besoin, nous avons des différences qui nous demandent de continuer notre lutte.

J’ose espérer que M. Montebourg publiera la preuve de ce qu’il affirme ou un démenti. Il n’est jamais trop tard pour être honnête.

Alin Tranca

Written by L'insurgé

24/05/2011 at 11:14

Fidel et Chavez avaient raison

with 34 comments

La question libyenne agite nos pensées depuis plusieurs semaines. Je ne pense pas me tromper en disant que quelque soit la position défendue (pour ou contre une intervention en Libye), on trouvera très peu de gens qui pourraient affirmer que Kadhafi est quelqu’un de bien (en même temps, rares sont ceux qui connaissent son parcours et ses réalisations à la tête de la Libye pendant plus de quarante ans).

Depuis le début du mois de mars, MM. Hugo Chavez et Fidel Castro affirment que les Etats-Unis ont l’intention d’occuper la Libye pour prendre possession des gigantesques ressources énergétiques de ce pays. Le président vénézuélien va jusqu’à proposer une médiation internationale entre le régime de Kadhafi et les insurgés. La proposition d’une mission de médiation composée de pays d’Amérique du Sud, Europe et Moyen-Orient – bien qu’acceptée par Kadhafi – a aussi tôt été refusée par la France et les forces rebelles.

A l’analyse faite par MM. Hugo Chavez et Fidel Castro, le PG et Jean-Luc Mélenchon ont réagit en prenant leurs distances et en montrant la divergence. Fidel Castro intitulait la Réflexion publiée le 22 février 2001 « Le plan de l’OTAN est d’occuper la Libye« .

Dès le début, M. Mélenchon a été en désaccord total avec M. Chavez qui suivait le point de vue de M. Castro. Le Parti de gauche a émis un communiqué disant:

Nous avons pris connaissance avec tristesse et consternation des propos tenus sur Twitter par le président vénézuélien Chavez à propos du régime dictatorial de Kadhafi.
Le Parti de Gauche est au côté des révolutions citoyennes et soutient la lutte du peuple libyen pour sa liberté.
Aucun pouvoir n’est légitime à tirer sur son peuple.Nous applaudissons le “dégage” crié par les peuples tunisien, égyptien et libyen comme nous avons soutenu le « que se vayan todos » sud américain.
Partout nous condamnons les régimes dictatoriaux souvent soutenus par la puissance Etats-unienne et appuyons les révolutions citoyennes qui soulèvent aujourd’hui les peuples arabes et particulièrement libyen confronté à un massacre.
Nous resterons aussi vigilants sur les intentions réelles des pays européens et des Etats-Unis en Libye et dans la région.

Peu de temps après, M. Mélenchon revoyait partiellement son opinion et écrivait le 2 mars sur son blog:

Pour être francs nous ne pensions pas une seconde que les analyses de Fidel Castro sur le risque d’intervention militaire avaient le moindre début de réalité. Ce serait tellement stupide et dévastateur pour les USA de s’y risquer que nous pensions l’idée totalement improbable. Il faut bien admettre à présent que ce n’est pas vrai. Fidel Castro a vu juste sur ce point. Je dis sur ce point car je ne crois pas que sa façon de voir sur la nature des mouvements en cours soit juste pour autant car il n’en perçoit pas la dynamique révolutionnaire et son potentiel progressiste. Il n’en reste pas moins qu’alertés dorénavant sur le risque d’intervention militaire, nous y affirmons notre opposition totale. J’ai commencé à défendre cette position face à monsieur Jacob, le président du groupe UMP mardi soir dans mon débat avec lui sur I-Télé. Et j’ai senti combien la droite n’est pas franche du collier sur ce thème. Vigilance mes amis !

Le jour suivant, 3 mars, M. Mélenchon réitérait les mêmes propos sur Canal+ répondant aux questions pièges d’Apathie (à partir de la 13ème minute):

Quelques jours plus tard encore, M. Mélenchon votait la résolution du Parlement Européen demandant que l’ONU se saisisse de la question libyenne et qui invitait

la haute représentante et les États membres à se tenir prêts pour une décision du Conseil de sécurité concernant d’autres mesures, y compris la possibilité d’instaurer une zone d’exclusion aérienne pour empêcher le régime de prendre pour cible la population civile ; souligne que toute mesure émanant de l’Union et de ses États membres devrait être conforme à un mandat des Nations unies et se fonder sur une coordination avec la Ligue arabe et l’Union africaine, en encourageant ces deux organisations à guider les efforts internationaux.

Le problème, M. Mélenchon, est que le Conseil de Sécurité ce n’est pas… l’ONU! Le Conseil de Sécurité est l’un des organismes des plus antidémocratiques qui existe. Il est entièrement à la disposition de cinq puissances mondiales, seules à avoir droit de veto et habilitées à  prendre des décisions sur les faits d’armes de l’ONU. Si l’un des membres permanents du Conseil de Sécurité (USA, Russie, Chine, France et Royaume-Uni) oppose son veto, le sujet est clos et le pays en question n’a pas à se justifier. Au fil de l’histoire, des agressions ont été votées, au gré des intérêts de ces puissances. L’Union Soviétique a usé fortement de son droit de veto durant toute la période de la guerre froide. Les USA également (Noam Chomsky nous faisait d’ailleurs remarquer que la presse américaine ne parle que des résolutions qui ont été adoptées, mais jamais des résolutions qui n’ont pas été adoptées et sont parties directement à la poubelle, tout simplement parce que les USA avaient opposé leur droit de veto. Or, il se trouve que ces résolutions allaient contre l’intérêt des USA, condamnant tel ou tel pays et son régime, spécifiant des mesures à prendre et qu’il n’était pas question qu’elles soient adoptées. A force, on retrouve dans le conscient collectif uniquement une série de pays qui tombent régulièrement sous le coup des sanctions et résolutions présentées au nom de l’ONU, mais on ne retrouve guère une toute autre série de pays, alliés et/ou soutenus par les USA.)

Je n’ai pas compris pourquoi M. Mélenchon dit d’une part qu’il donne raison à M. Castro quand celui-ci tire la sonnette d’alarme concernant l’intervention militaire américaine en Libye et d’autre part il fait appel au Conseil de Sécurité de l’ONU, excellent outil entre les mains des mêmes qui ont l’intention d’intervenir militairement en Libye. C’est aller directement dans la gueule du loup et se donner le bâton pour se faire battre. Et c’est bien ce qui s’est passé. Le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1973, titrée mensongèrement et avec le but d’induire en erreur quant à son but: LIBYE: LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DÉCIDE D’INSTAURER UN RÉGIME D’EXCLUSION AÉRIENNE AFIN DE PROTÉGER LES CIVILS CONTRE DES ATTAQUES SYSTÉMATIQUES ET GÉNÉRALISÉES.

Cette résolution dit:

Zone d’exclusion aérienne

6.    Décide d’interdire tous vols dans l’espace aérien de la Jamahiriya arabe libyenne afin d’aider à protéger les civils;

7. Décide également que l’interdiction imposée au paragraphe 6 ne s’appliquera pas aux vols dont le seul objectif est d’ordre humanitaire, comme l’acheminement d’une assistance, notamment de fournitures médicales, de denrées alimentaires, de travailleurs humanitaires et d’aide connexe, ou la facilitation de cet acheminement, ou encore l’évacuation d’étrangers de la Jamahiriya arabe libyenne, qu’elle ne s’appliquera pas non plus aux vols autorisés par les paragraphes 4 ci-dessus ou 8 ci-dessous ni à d’autres vols assurés par des États agissant en vertu de l’autorisation accordée au paragraphe 8 dont on estime qu’ils sont dans l’intérêt du peuple libyen et que ces vols seront assurés en coordination avec tout mécanisme établi en application du paragraphe 8;

8.    Autorise les États Membres qui ont adressé aux Secrétaires généraux de l’Organisation des Nations Unies et de la Ligue des États arabes une notification à cet effet, agissant à titre national ou dans le cadre d’organismes ou d’arrangements régionaux, à prendre au besoin toutes mesures nécessaires pour faire respecter l’interdiction de vol imposée au paragraphe 6 ci-dessus et faire en sorte que des aéronefs ne puissent être utilisés pour des attaques aériennes contre la population civile et demande aux États concernés, en coopération avec la Ligue des États arabes, de procéder en étroite coordination avec le Secrétaire général s’agissant des mesures qu’ils prennent pour appliquer cette interdiction, notamment en créant un mécanisme approprié de mise en œuvre des dispositions des paragraphes 6 et 7 ci-dessus;

Elle est titrée de façon mensongère car elle introduit également d’autres mesures que l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne:

Protection civile

4.    Autorise les États Membres qui ont adressé au Secrétaire général une notification à cet effet et agissent à titre national ou dans le cadre d’organismes ou d’arrangements régionaux et en coopération avec le Secrétaire général, à prendre toutes mesures nécessaires, nonobstant le paragraphe 9 de la résolution 1970 (2011), pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen, et prie les États Membres concernés d’informer immédiatement le Secrétaire général des mesures qu’ils auront prises en vertu des pouvoirs qu’ils tirent du présent paragraphe et qui seront immédiatement portées à l’attention du Conseil de sécurité;

5.    Mesure l’importance du rôle que joue la Ligue des États arabes dans le maintien de la paix et de la sécurité régionales et, gardant à l’esprit le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, prie les États Membres qui appartiennent à la Ligue de coopérer avec les autres États Membres à l’application du paragraphe 4;

Cet autorisation ouvre la porte à toutes les dérives et toute les interprétations. Et pour attaquer la Libye, il suffit de notifier l’ONU… Chaque pays qui veut prendre part à une action contre la Libye peut décider alors de ce qui constitue une menace pour les rebelles et bombarder. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé: les bombardements ont détruit des chars, des voitures, des bâtiments administratifs, des installations radar et des bases militaires. Pas besoin d’une occupation sur le terrain, dans un premier temps. Un déluge de bombes et de missiles suffisent pour anéantir l’infrastructure d’un pays et le mettre à genoux. L’Irak a été bombardé régulièrement pendant plus de dix ans avant le début de la guerre en 2003. Vraiment, la spécification « tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen » est inutile et ne donne pas la garantie voulue. Quel bonheur de détruire, de bombarder et de devoir ensuite reconstruire et tout racheter. Le tout moyennant de gros contrats et des grandes quantités de pétrole.

Les Etats-Unis ont besoin d’une guerre comme de l’air frais. Leur économie est en train de s’effondrer, ils viennent de perdre probablement un grand allié dans la région (l’Egypte) et dans une situation pareille, rien de mieux qu’une guerre pour apporter un peu de soutien à l’économie et instaurer un nouvel allié dans la région pour compenser la perte probable de l’autre. Voici quarante ans que la Libye échappe au contrôle du vampire assoiffé de pétrole, il était temps de corriger le problème. Les révoltes du monde arabe tombent à pic: c’était le moment de montrer que les libyens se soulèvent, eux aussi.

Dès les premières heures qui ont suivi l’adoption de la résolution 1973, la seule chose que j’ai pu lire dans les journaux était dans l’idée que « L’Otan achève ses préparatifs pour la Libye ». La France a attaqué la première (Nicolas Sarkozy a besoin d’une guerre? Oh, oui!), les Etats-Unis ont suivi. On appréciera, M. Obama est un gentleman, il a laissé la primeur de l’attaque à son vassal français.

Quoi qu’il en soit, que ce soit sous l’égide de l’OTAN ou au sein d’une coalition formée pour l’occasion, il n’y aura qu’un seul maître à bord. Il aura le grand marché libyen et les alliés auront quelques miettes.

Ce qui se passe actuellement est une guerre contre la Libye. De nos jours il n’y a plus besoin de déclaration de guerre, le Conseil de Sécurité étant l’astuce idéale pour attaquer tel ou tel pays.

Concernant les insurgés libyens, je n’ai pas l’impression qu’il soient dans la continuité de la révolte de l’Afrique du Nord (Tunisie et Egypte) comme le pense M. Mélenchon. Je suis étonné de voir, dans des dizaines et des dizaines de vidéos que j’ai pu regarder sur le sujet, très peu de gens qui manifestent ou qui combattent, par rapport à ce que j’ai pu voir en Tunisie et en Egypte. J’ai vu des vidéos qu’on nous a présenté avec des commentaires exagérés, voulant donner l’impression de grandes révoltes. Pourtant, si on regardait les images attentivement, on pouvait voir des dizaines ou des centaines de personnes, mais pas des milliers, des dizaines de milliers ou des centaines de milliers comme on a vu dans les autres pays. Je vois également quasiment sur toutes les vidéos des combattants criant en arabe « Dieu est grand ». Je ne les ai pas vu dans les autres pays. Ici, je les vois, peu nombreux et armés. Qui les arme? Qui les soutient? Qui les présente comme des insurgés? Qui nous dit qu’ils parlent au nom de tout le peuple libyen? Et l’armée libyenne, qui n’a pas lâchée Kadhafi, elle ne fait pas partie du peuple? Pourquoi il y a eu besoin d’une grande campagne médiatique pour montrer que Kadhafi est entouré de mercenaires chèrement payés? Pour montrer que l’armée l’a abandonné? Les communiqués occidentaux semblent dire le contraire et une grande partie de l’armée est toujours du coté de Kadhafi. Quand on bombarde l’armée libyenne et les bâtiments administratifs, on bombarde aussi le peuple.

M. Mélenchon, nous assistons à une très grande manipulation. Ne dites plus « L’ONU, rien que l’ONU! » parce que dans cette situation l’ONU ne sert que les intérêts de ceux qui veulent s’installer en Libye. Fidel avait raison, une fois n’est pas coutume. Chavez aussi.

Ce long article n’est pas une attaque dirigée contre M. Mélenchon. Il a toujours mon soutien absolu, mais la nécessité de discuter sur le sujet et de se partager les points de vue était grande. Avec ou sans son vote, ce qui se passe actuellement se serait de toute façon passé. Mais il est nécessaire de comprendre des choses complexes en les débattant et essayer d’avoir une vision la plus ample possible. Dans un prochain article je tenterai de vous expliquer les ressemblances entre la présentation de la révolte en Roumanie en 1989 (victimes par milliers disaient-ils, des massacres, des forces mercenaires fidèles à Ceausescu, des charniers, etc) et la présentation dans les mêmes médias de la révolte libyenne et des méthodes de Kadhafi étonnement semblables à celles de Ceausescu.

Alin Tranca

Written by L'insurgé

23/03/2011 at 17:41